LA MODERNITÉ

CAPITALISME OU DÉMOCRATIE ?

   Dans la deuxième moitié du XVII° siècle, un mot signale l’apparition d’une nouvelle idéologie: le progrès. Jusque-là ce mot désignait, de manière neutre, un déplacement vers l’avant, et il fallait préciser s’il était souhaitable (un " bon " progrès) ou regrettable (un " mauvais " progrès).    Désormais, le progrès désigne toujours une amélioration: le mot s’emploie seul, et l’avenir ne peut qu’être meilleur que le présent. Le XVIII° siècle a un idéal, celui d’être le Siècle des Lumières. Et, pour l’atteindre, la Révolution veut améliorer tous les aspects de la vie sociale. Le mot moderne, déjà présent dans la langue, se crée peu à peu une famille nombreuse (moderniser, moderniste, et, au milieu du XIX° siècle, modernité, puis moderniser, modernisme). Tous ont une valeur positive, tous se félicitent des innovations.

   Au cours de cette trajectoire, la société change, et le sens des mots évolue, mais ce qui ne change pas c’est la valorisation absolue de tous ces mots. Ils ne renvoient plus exactement aux mêmes valeurs, car la réalisation des idéaux de 1789 se heurte à des réalités faites de luttes nationales ou sociales, à des violences qui font que le lendemain n’est pas toujours meilleur que le jour même. Mais ils constituent des sortes de valeurs absolues dont tout le monde se réclame sans même y réfléchir.

   Pourtant Le XIX° siècle a profondément changé le sens du mot progrès: jusque là il désignait une avancée complexe dans tous les domaines humains: les connaissances (la naissance de la science a bouleversé la représentation que l’on se faisait de l’univers); le respect de la tradition et de l’autorité sont remplacés par un esprit critique qui ne veut tenir compte que de l’observation et du raisonnement, la société refuse les hiérarchies de l’Ancien Régime et se réclame de la trilogie Liberté, Égalité,Fraternité. Avec les Révolutions Industrielles, le progrès va de plus en plus oublier une grande partie des idéaux démocratiques pour s’attacher essentiellement, et parfois uniquement, aux progrès techniques, dont les résultats aboutissent à des changements spectaculaires dans le monde matériel, donc dans le cadre de vie.

   Cette évolution explique que le progrès, devenu le moteur économique de la modernité, ne se mesure plus aux réalisations qui assurent une amélioration humaine et sociale (la santé et l’éducation, en particulier) mais plutôt à l’enrichissement de ceux qui sont en mesure de transformer les nouvelles découvertes en argent. Les idéaux démocratiques, qui reconnaissaient les mêmes droits à chaque être humain, ont été adaptés à la nouvelle société: la liberté est d’abord celle des échanges, et l’argent doit pouvoir circuler librement. Les humains ont moins de liberté de circulation que l’argent. L’égalité n’est plus perçue que comme un frein au progrès. La fraternité est remplacée par la rivalité, et la valeur qui s’impose à tous est la concurrence. Les idéaux républicains n’ont plus pour fonction que de permettre aux puissants de justifier par des discours le fait qu’ils ont remplacé les idéaux démocratiques par les idéaux capitalistes.


    La nouvelle modernité c'est une société dynamique où la protection des faibles risque de faire perdre aux plus forts la guerre économique perpétuelle à laquelle on a identifié le progrès. Cette guerre permanente prétend être le moyen de sélectionner les plus " méritants ", alors que le mérite n'est plus défini que par la réussite sociale, qui, elle-même, se mesure au pouvoir et à l'argent. On comprend, dès lors que l'égalité soit un obstacle au progrès tel qu'il est ainsi conçu.

   Il s'agit là d'un retour en force de l'ubris, avec des conséquences dans tous les domaines:  inégalités de plus en plus grandes entre les riches et la masse de tous les autres (un retour à l'Ancien Régime !), mais inégalité aussi dans l'accès à ce qui constitue la valeur essentielle de l'humanité: l'empathie, qui est la base même de l'égalité et provoque la tolérance, et la connaissance, qui permet le développement de la liberté de jugement. Quant à la confiance, qui permet seule de créer un lien social, elle disparaît complètement dès que l'autre n'est plus qu'un concurrent dans une société où le droit lui-même doit se mettre au service de l'économie. L'ubris, c'est aussi l'utilisation de tous les biens communs dispensés par la nature au bénéfice des intérêts privés des plus puissants.

   C'est le choix du capitalisme qui satisfait cet ubris destructeur. Le choix de la démocratie signifierait un retour à la raison et à la modération. Ce qui s'oppose à ce changement, c'est en partie la confiscation des mots eux-mêmes qui s'opère dans la langue publique. La contamination passe de l'un à l'autre: avec la concurrence l’individualisme ne désigne pas, comme l'affirment les dictionnaires, une valeur importante accordée à l'individu, mais seulement la négation de l'intérêt commun et, donc, des services publics. Car le citoyen d'une démocratie doit être le plus " développé " possible pour que cette société, qui repose sur la négociation des conflits, puisse fonctionner. Par contre le consommateur, membre de cette société ploutocratique, n'est qu'un pion condamné à la précarité, entre travail et chômage, au gré des intérêts financiers.

   La modération, c’était, pour les Grecs de la période classique, la vertu principale. Les Romains, eux aussi, proclamaient: " in medio stat virtus ", mais entre-temps les cités grecques avaient cédé la place aux grands empires (Alexandre, les Romains eux-mêmes) et l'ubris était devenu la valeur principale. Depuis, il a pris de plus en plus de valeur, et, malgré le passage par la Révolution Française, il a pris à notre époque un essor irrésistible. Mais doit-on se contenter de prévisions apocalyptiques en montrant l'avenir que l'homme se prépare en détruisant les terres, la mer, le climat ? L'humanité est-elle encore capable d'être raisonnable plutôt que de se prétendre rationnelle ? C'est la condition pour qu'elle s'arrête de détruire son biotope !

André GRANGE est professeur d'Université honoraire (linguistique, tendance lexicologie et/ou philologie, plutôt que traduction automatique). Analyse des mots dont le sens, suivant l'évolution des situations et des comportements, révèle des changements de valeurs que l'usager ne veut pas reconnaître ou dont il n'est même pas conscient.


UBRIS. ΰβρίς = la violence, l’excès en grec ancien, s'écrivant également: hybris ou hubris désigne l’excès, la démesure.      Dans cet essai André Grange, docteur en linguistique française, libertaire de coeur, écologiste de raison, nous démontre par l’entremise de l'étymologie, l’ubris de ce monde où la concurrence a pris le pas sur l’entraide. Un monde où l’argent est trop souvent le seul indice de valeur, où notre terre est volée par les plus cupides, violée par les plus forts, et ce, toujours au détriment de notre avenir commun.

Vous pouvez contacter l'auteur en lui écrivant à l'adresse:
M. André Grange.
13 rue de la commune de Paris.
69600 Oullins.


  UBRIS. Un livre broché au format in-8° sous couverture couleur, 176 pages illustrées de nombreuses gravures satiriques extraites de " l'almanach de la question sociale " de 1891 à 1903. Tirage limité à 95 exemplaires.
L'ouvrage est disponible au prix de 10€ à prendre sur place chez l'éditeur et 12€50 pour un envoi ordinaire par la poste en France.


Offre couplée. Livre + DVD-ROM
  Le livre et le DVD-ROM contenant l'almanach de la question sociale et la version numérique en haute définition du livre
L'ensemble est disponible pour 30€ et 32€50 pour un envoi ordinaire par la poste en France.

Ci-dessous les cinquante premières pages téléchargeables en mode PDF et FLASH.
• Version PDF. (5.1 Mo).
• Version Flash. 1024x768px (2.4Mo).

 Nous contacter par courriel à contact@exvibris.com pour tout renseignement complémentaire. Merci.

     Les Passerelles du Temps - Éditions numériques de documents anciens.   Les éditions d'Ainay - Éditions traditionnelles
40 rue des remparts d'Ainay 69002 Lyon FRANCE - Siret 324234426RCS Lyon - NAF 5814Z - Contact: contact@exvibris.com