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Septième observation

Mémoire sur le mariage des protestans — Malesherbes — 1785-86

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3415 mots

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Des ministres de toute autre religion que la
religion catholique.

Il est notoire que depuis la révocation de
l'Edit de Nantes, il y a toujours eu des mi-
nistres de la Religion prétendue réformée en
France, & qu'il est impossible d'empêcher
qu'il y en ait. Il faut donc avouer qu'il y
en a.

Le Roi permettant à ceux de ses sujets
qui ne sont pas catholiques, de déclarer leurs
mariages à la justice & de contracter en
présence des juges l'engagement civil, il est
évident qu'ils ont eu des pasteurs de leur
religion en présence de qui ils ont contrac-
té leur engagement spirituel & par qui leur
union a été bénie; il y auroit contradiction
dans les loix, si on laissoit subsister un mo-
ment celle qui défend aux ministres de cette
religion de résider dans le royaume.

On craint, dit-on, que lorsque l'existence de ces ministres de la Religion prétendue réformée sera connue, il n'en arrive de grands troubles; on prévoit qu'ils voudront établir un culte public sans attendre que le Roi se soit expliqué sur cet objet; on prétend que de ce moment ils convoqueront des assemblées qui pourront dégénérer en attroupemens dangereux; qu'on verra s'élever dans tout le royaume, des temples où on déclamera hautement contre la religion catholique; qu'ils ne s'en tiendront pas aux fonctions spirituelles, & que pour satisfaire le désir qu'ils ont de rester les chefs de leur peuple, ils continueront de tenir des registres de naissances, morts & mariages, & d'en donner des certificats; qu'ils abuseront de l'ignorance, & de la simplicité de ce peuple qui ne lit jamais les loix, pour lui faire croire que ces actes sont valides, erreur dont les effets seront très fâcheux pour leurs familles.

On peint ces ministres comme des ennemis nés d'un Gouvernement où leur religion n'a pas tous les avantages de la religion dominante.

On voit en eux des rivaux perpétuels du clergé catholique, qui, soit par l'effet de cette jalousie soit pour augmenter leur considération

(161.)

dération dans leur parti, auront intérêt à fusciter des troubles.

On rappelle que ce font ces paſteurs qui, dans la fin du regne de *Louis XIV*, ont allumé la guerre civile dans les provinces méridionales. On leur impute encore quelques crimes commis pendant le regne de *Louis XV*.

Il s'en faut beaucoup que j'adopte toutes ces craintes qui font au moins très exagérées. Mais comme il y aura toujours des paſteurs de cette religion, quoi qu'on diſe & qu'on faſſe, rien ne doit engager à laiſſer ſubſiſter la loi illuſoire qui les proſcrit. Il faut examiner ce qu'on peut en craindre & prendre des meſures pour y obvier.

Mais bien loin qu'il y ait du danger à révoquer les loix qui les chaſſent du royaume, je crois qu'il y a longtemps que ce parti auroit dû être pris & même pour d'autres raiſons que celle de la néceſſité dont ils font pour les mariages.

Puiſqu'on fait qu'il y a de ces miniſtres dans le royaume, il eſt abſolument néceſſaire qu'ils y ſoient comme tous les citoyens, ſous l'appui des loix, ſi on veut qu'ils ne ſoient plus (comme on les en accuſe) *ennemis nés du Gouvernement*.

Je crois que ce principe avoit été reconnu dès la fin du regne de *Louis XIV*, quand

on fut que de nouveaux pasteurs qu'on
nommoit prédicans, avoient succédé dans la
confiance du peuple à ceux qu'on avoit fait
sortir du royaume, quand on vit que ces
prédicans que le peuple ignorant & fanati-
que de quelques montagnes reconnoissoit
pour ses pasteurs, étoient des insensés qui
s'érigeoient en prophetes, qu'ils annonçoient
au peuple au nom de Dieu sa prochaine dé-
livrance qui devoit s'effectuer par les armes;
que n'ayant point de forces pour une guerre
reglée, ils y substituerent les assassinats noc-
turnes & les incendies, & qu'oubliant leur
caractere de ministres évangéliques, ils se
mettoient eux-mêmes à la tête des rebél-
les & ofoient se comparer aux Machabées.

Je crois qu'alors tous les gens sensés re-
connurent que ces nouveaux ministres de
la Religion prétendue réformée étoient bien
plus dangereux que ceux qu'on avoit fait
sortir de France, & qu'ils regretterent les
ministres connus & domiciliés, dont le zele
se bornoit à prier, à catéchiser, à expliquer
à leur mode l'écriture sainte, & à célébrer
des baptêmes & des mariages; & qu'alors
ceux qui étoient chargés par Louis XIV de
maintenir la tranquillité dans les provinces,
n'exécuterent les loix pénales que contre

ceux qui avoient commis de véritables crimes. (*)

(*) Le fait que je viens d'avancer & qui est peut-être hasardé, demande une discussion historique que je n'ai pas voulu mettre dans le texte pour ne pas interrompre la suite des raisonnemens.

Je crois que dans la fin du règne de Louis XIV, & surtout depuis la guerre civile de quelques provinces où les prédicans s'étoient mis à la tête des fanatiques rebelles, on n'exécuta plus la Déclaration du 1er Juillet 1686, qui condamnoit tous les ministres de la Religion prétendue réformée, que contre ceux qui s'étoient rendus coupables de révolte ou d'intelligence avec les ennemis, & qu'on ferma les yeux sur ceux qui s'en tenoient à faire leurs fonctions religieuses en particulier.

Mon opinion sur cela est contraire à l'opinion la plus communément établie, & je ne prétends pas donner la mienne comme certaine, car je ne peux pas avoir les pièces des procès faits à tous ceux qui furent exécutés dans ce tems malheureux.

Mais je me fonde sur ce que je lis dans les histoires de cette guerre & nommément dans les relations des auteurs protestans les plus passionnés contre l'administration de Louis XIV, par exemple dans l'histoire de la guerre des Cévennes, qui est celle où on a recueilli ce qui étoit épars dans beaucoup de relations particulières, ouvrage dont l'auteur dit avoir été lui-même dans le pays lorsque les faits étoient recens & qu'il pouvoit les vérifier.

J'y ai vu des récits très énergiques des vexations exercées par les catholiques qui exciterent le peuple à prendre les armes, & des exclamations sur le sort de beaucoup de prédicans qui subirent le dernier supplice.

Je n'entreprends certainement pas d'excuser les vio-

Je crois qu'à présent il n'y a plus heureusement en France de ces prédicans qui cauferent tant de troubles dans la fin du regne de Louis XIV.

lences qui réduisirent le peuple protestant au désespoir:
on ne peut se les rappeller sans horreur.

Je dis seulement qu'il m'a paru qu'à la fin du regne
on reconnut que ces cruautés n'étoient pas moins contraires à la raison qu'à l'humanité, que les pasteurs de
la Religion prétendue réformée condamnés dans les derniers tems, étoient accusés & convaincus de crimes très
différens de celui d'avoir prêché & catéchisé, & que
lorsque le crime qui leur étoit imputé étoit d'avoir tenu
des assemblées, c'étoit de ces assemblées où on avoit concerté des expéditions militaires, des meurtres & des
incendies & d'où on étoit parti pour les exécuter.

Des auteurs qui n'ont pas le même esprit de parti que
les protestans, & qui n'ont écrit que pour la cause de
l'humanité, ont parlé aussi de la barbarie de ces condamnations de ministres.

C'est toujours M. de Voltaire à qui il faut répondre,
parceque c'est celui que tout le monde lit & d'après
qui tout le monde parle.

M. de Voltaire étoit plus à portée que la plupart
des catholiques françois d'être instruit, parcequ'il a vu
beaucoup de françois refugiés en Hollande, en Angleterre, & dans les Etats du Roi de Prusse. Il a même
vécu quelques tems dans la société du célèbre Cavalier.

M. de Voltaire cite les trois condamnations qui exciterent le plus l'indignation de tous les protestans d'Europe, & je crois que ces trois condamnés auroient subi
le même sort en Angleterre, en Allemagne, & partout, s'ils s'étoient rendus coupables des mêmes
crimes.

Ces trois Ministres sont Homel, Brouffon & Chamier.

Ceux qui exercent dans le royaume le
miniftere de la Religion prétendue réformée
font des gens qui voudroient fans doute y
avoir un état certain & tranquille, & il y

Homel fut accusé d'avoir tramé une sédition & une
prise d'armes; il fut arrêté par les ordres du Maréchal
de Noailles, & condamné par M. d'Aguesseau, magistrat
dont les protestans eux-mêmes louent la douceur &
la justice. Voyez les Mémoires de la mais on de
Noailles.

Brouffon que les Hollandois & les Génevois avec qui
il avoit vécu ont célébré comme un martyr, & dont
la vie a été imprimée & est lue en Hollande & en Suisse
comme un livre édifiant, fut arrêté en Béarn & jugé en
Languedoc par M. de Boville que les protestans regardent comme beaucoup plus sévere que M. d'Aguesseau.
Son procès est dans des histoires exactes; on peut consulter l'histoire de Nismes de M. Menard, auteur
exact jusqu'au scrupule, qui a vu les pieces mêmes du
procès.

Brouffon fut convaincu par ses lettres qu'il ne désavoua pas, d'avoir pratiqué avec les ennemis de la France
une intelligence pour les faire pénétrer dans l'intérieur
du royaume. Ces lettres n'étoient pas adressées, comme
l'ont dit quelques historiens au Maréchal de Schomberg
qui a été tué à la Boine, mais au comte de Schomberg
étant alors au service du Duc de Savoye qui a été depuis le roi Victor.

Le Ministre Brouffon l'engageoit à faire pénétrer les
ennemis de la France dans le cœur du royaume & promettoit que les protestans françois se joindroient à
eux.

M. de Voltaire remarque que ce délit étoit ancien,
& qu'il ne fut arrêté que dix ou douze ans après;
mais il ne dit pas que ce Brouffon l'avoit fait

a cependant encore des provinces où ils se tiennent cachés & menent une vie errante & vagabonde.

Dans d'autres provinces où depuis quel-

revivre en rentrant fécretement dans le royaume, déguisé, malgré l'avis qu'on lui avoit fait donner en Hollande où il s'étoit réfugié, qu'il n'y auroit pas de grace pour lui s'il repaffoit en France.

Malgré cet avis, il étoit revenu, envoyé par les Hollandois avec qui la France étoit alors en guerre, il avoit parcouru toutes les provinces où il y avoit des protefians en affez grand nombre pour prendre les armes, & il fut prouvé qu'il avoit eu partout avec eux de longues conférences. Quand il fut qu'il avoit été reconnu, il prévit bien que le retour en Hollande par le chemin ordinaire feroit dangereux. Il imagina de paffer en Espagne & fut pris à Oleron.

Je demande si dans aucun pays un homme si dangereux auroit obtenu grace, & si on peut dire que ce soit pour avoir prêché & catéchisé qu'il fut condamné & exécuté ?

Pour Chamier, son procès étoit tout fait. Il fut pris en Dauphiné les armes à la main avec plusieurs autres qui n'avoient pas le caractère de ministre & qui furent tous jugés comme rebelles par l'intendant de Dauphiné.

M. Voltaire auroit voulu qu'on fît grace à celui-là par respect pour la mémoire de Daniel Chamier son ayeul qui avoit été, dit-il, le rédacteur de l'Edit de Nantes.

Je ne fais pas sur quels mémoires M de Voltaire affure que l'Edit de Nantes fut l'ouvrage de l'ancien ministre Chamier. Bayle qui en avoit parlé avant lui, dit seulement qu'il l'a, lu dans Varillas auteur très suspect. M de Thou qui a eu la plus grande part à la négo-

ques années ils se montrent avec plus d'as-
surance, les plus anciens se souviennent d'a-
voir vu périr par le dernier supplice, leurs
prédécesseurs; leurs parens, les amis de leur
famille.

ciation, ne parle que du ministre Calignon, homme
très sage, très modéré qui cherchoit sincèrement la
conciliation.

Chamier au contraire est peint par les auteurs con-
temporains, même par ses admirateurs, comme un homme
d'un caractère difficile, qui cherchoit à rompre les mesu-
res pacifiques de son confrère Calignon, de M. de Sully
& de M. de Thou.

D'aubigné qui lui-même n'étoit pas d'un caractère fort
conciliant, fait cependant des plaisanteries sur la grossie-
reté de ce ministre qui affectoit de faire des especes d'in-
flutes aux commissaires du Roi pendant les conféren-
ces où il falloit s'accorder pour rendre la paix au
royaume.

Daniel Chamier se fit tuer sur les remparts de Mon-
tauban où il exhortoit les soldats, & on dit même qu'il
avoit endossé la cuirasse, qu'il étoit armé d'une lance;
ce qui n'est pas le métier d'un ministre de l'évangile.
Ceux qui en font les plus grands éloges ajoutent qu'il
y prophétisoit.

Tout cela n'annonce pas la tête sage d'un homme
capable d'avoir dressé l'Edit de Nantes.

Il étoit d'ailleurs très révéré dans son parti comme
un savant controversiste, & comme un homme très
zélé pour sa religion & d'un courage indomptable.

Il est vrai que la mémoire de ce ministre ne parut
pas un titre pour excepter son petit-fils de la condam-
nation que subirent ceux qui furent pris avec lui.

Il auroit été à désirer qu'aucun ne fût exécuté, &
que la persécution n'eût pas mis ces malheureux dans

Peuvent-ils avoir l'attachement pour leur patrie qu'ont naturellement tous les françois? peuvent-ils même regarder comme leur patrie un royaume où ils n'ont qu'une existence incertaine & précaire, qu'ils seront obligés de quitter dans l'instant qu'on leur donnera avis qu'il est arrivé dans leur pays un administrateur dont les intentions ne sont pas pacifiques & où le glaive menaçant est toujours suspendu sur leur tête.

Puisqu'il est certain qu'il y a toujours eu en France des ministres de la Religion pretendue réformée, depuis la révocation de

le cas d'encourir la peine de mort en prenant les armes contre le Roi. Mais il est toujours certain que ce ne fut pas pour avoir rempli son ministère ecclésiastique que *Chamier* le petit-fils fut condamné.

Puisque ce sont-là les trois qu'on cite comme les victimes de la loi qui condamne à mort les ministres de la Religion prétendue réformée, je suis fondé à croire que dans les dernières années du règne même de *Louis XIV*, on avoit reconnu que cet Edit ne devoit pas être exécuté à la rigueur. Et je ne crois pas inutile de faire cette observation, parceque pendant le règne de *Louis XV*, on a souvent exécuté ce même Edit avec la plus grande inhumanité, en se fondant sur l'exemple de ce qui se pratiquoit, disoit-on, du tems de *Louis XIV*.

S'il est vrai que pendant le règne de *Louis XV*, où le Gouvernement n'étoit plus animé du même zèle persécuteur que sous *Louis XIV*, les juges & les administrateurs ont quelquefois exécuté à la rigueur ces loix terribles dont sous *Louis XIV* même on mitigouit l'exécution, il faut le dire, puisque c'est une preuve de plus de la nécessité d'abolir ces loix en termes exprès.

l'Édit de Nantes, que malgré la perfécu-
tion la plus violente, on n'a jamais pu em-
pêcher qu'il n'y en ait, on ne doit s'occu-
per qu'à faire remplir ce miniftere par des
gens d'un caractere tranquille, & qui puif-
fent prendre en France les engagemens &
y contracter les liens qui attachent tous les
citoyens à leur patrie.

Si le crédit que leur miniftere leur donne
fur le peuple eft une raifon pour veiller à
leur conduite, c'eft une raifon de plus pour
qu'on doive chercher à les connoître & pour
ne les plus obliger à cacher à l'adminis-
tration toutes leurs démarches, & jufqu'à
leur exiftence.

Dès qu'ils jouiront de la même tranquillité que les autres fujets du Roi, on les
verra bientôt chercher comme les autres à
obtenir la protection de ceux qui ont autorité
dans leur province & craindre de leur déplaire.

Non feulement c'eft ma façon de penfer,
mais je ne faurois concevoir que quiconque
s'eft donné la peine d'y réfléchir de fens
froid, & fans être conduit par quelqu'inté-
rêt particulier ou aveuglé par quelque paffion violente, puiffe en avoir une autre.

Il a cependant paru peu de tems après
ces conférences de Montpellier, dont j'ai parlé dans le premier mémoire, ainfi il y a

environ trente ans, plusieurs ouvrages où on foutenoit encore qu'il falloit absolument chasser du royaume tous les ministres de la Religion prétendue réformée.

Celui de l'abbé de *Caveyrac* fit beaucoup de bruit, parcequ'il est très bien écrit, qu'il contient des recherches fort curieuses; que les faits y sont présentés avec beaucoup d'art, & avec une chaleur qui seroit faite pour entrainer bien des lecteurs, si l'auteur n'y laissoit pas transpirer malgré lui une passion contre la personne des pasteurs protestans de son pays, dont j'ignore les motifs.

Cet auteur prononce qu'il est nécessaire de chasser ces prédicans qu'il regarde comme des perturbateurs du repos public, parceque ce sont eux qui, en mariant les protestans au désert, les détournent d'aller demander le mariage dans l'église catholique, & dans le même ouvrage il établit qu'un ministre de l'église catholique est obligé de s'assurer de la sincerité de la conversion du protestant qu'il marie, sans quoi il seroit complice de la profanation du sacrement.

Dans le même tems, ce même auteur & ses partisans avouoient que presque aucun de ceux qui avoient joué le rôle de convertis depuis 1685 pour être mariés, n'avoit été sincere & n'avoit persévéré dans la religion catholique.

(171.)

Ainsi de l'aveu de cet auteur, les ministres
de la religion prétendue réformée qui empê-
choient le peuple de demander le mariage
dans l'église catholique, ne faisoient que les
détourner d'une démarche dont l'effet de-
voit être, ou d'être refusés & de rester
dans le concubinage, ou de tromper le prê-
tre catholique & de commettre un sacrilège.

Ceux qui détournoient le peuple de faire
cette démarche, sont les hommes pernicieux
dont il étoit suivant lui absolument néces-
faire de purger le royaume; & cet auteur
sans affecter, comme beaucoup d'autres,
un ton d'humanité ou de charité hypocrite,
ajoute qu'il ne seroit cependant pas d'avis
de les faire mourir, non qu'ils lui fiffent au-
cune pitié, puisque ce sont des gens qui
troublent l'Etat, mais parcequ'on a observé
que leur constance dans les supplices affer-
mit les autres protestans dans leurs erreurs:
Remarque très prudente de laquelle on doit
conclure qu'il est fâcheux que cet auteur
n'ait pas été dans le conseil de Dioclétien.
Il y auroit eu moins de sang répandu.

Il est inutile de réfuter cette doctrine, ou
plutôt cette politique; il suffit de l'exposer.

Je me suis cru obligé de dire quelques
mots de cet ouvrage, parcequ'il a eu de
la vogue dans le tems qu'il a paru, & qu'il

eft bon de favoir à quoi fe réduifent les argumens de ceux qui, depuis que la longue expérience a démontré l'inutilité de la perfécution, font encore entendre qu'il peut y avoir de l'inconvénient à révoquer les loix qui profcrivent les miniftres de la Religion prétendue réformée.

Mais je ne crois pas que ce fyftème perfécuteur ait aujourd'hui beaucoup de partifans, & je ne ferai furement pas défavoué aujourd'hui par le clergé quand je dirai que ce n'eſt plus par de femblables moyens qu'il veut travailler à la converſion des hérétiques.

Il me femble que c'eſt d'après ces obſervations que la loi ſur l'état civil des proteſtans doit être faite, & ſi elles ſont adoptées, il ne ſera pas difficile de la rédiger.